dimanche 20 septembre 2015

couvertures 22 - Reliques

Un tableau de Masaccio, Saint Jérôme et Saint Jean Baptiste (1428, National Gallery, Londres), terminé par Masolino après la mort du premier, représente un des quatre pères de l'église latine, bible dans une main, maquette d'une église (Santa Maria Maggiore?) dans l'autre.
C'est précisément cet élément qui va titiller  l'imagination des éditeurs.



Les éditions 1018, qui publient en France les romans policiers historiques d'Ellis Peters (Edith Pargeter de son vrai nom), ont utilisé ce tableau pour illustrer deux enquêtes du désormais célèbre Frère Cadfael.
La couverture de la toute première enquête qui inaugure la série, Trafic de reliques (2001), est le résultat d'un recadrage strict sur la maquette tenue par Saint Jérôme dans sa main gauche (ce qui peut très bien représenter un réceptacle à reliques).


Par la suite ce recadrage a été inversé lors d'une nouvelle édition (et la typographie du titre a été modifiée afin de coller aux évolutions de maquette de couvertures de la collection Grands détectives). Comme nous l'avons déjà vu pour  Les Piliers de la Terre, cela permet de redonner un coup de jeune et, l'air de rien, d'éloigner un peu la couverture du tableau originel.


Cela permet aussi d'oublier potentiellement qu'un autre titre de la série des enquêtes du moine herboriste, également chez 1018 depuis 2001, La Confession de frère Haluin, utilise un autre détail bien recadré du tableau de Masaccio, la Bible tenue dans la main droite de Saint Jérôme.



Un autre roman historique est illustré par les mêmes éléments, japonais cette fois: il s'agit de L'Eclipse de Keiichiro Hirano (Picquier, 2004).
Véritable best-seller au Japon, ce roman historique se veut être dans la même veine que le Nom de la rose (enquête mystique d'un moine dominicain, dans le sud de la France, autour d'un manuscrit perdu - je vous laisse avoir votre propre avis sur ce texte qui m'a laissée pour le moins perplexe). Le tour de force de l'auteur réside surtout dans le fait, qu'à 23 à peine, il a écrit tout le texte en utilisant de vieux kanjis inusités (l'équivalent de notre français moyenâgeux) afin de consolider le souffle historique de son récit.
Le choix iconographique semble donc tout à fait approprié et, ici, on n'a pas hésité à garder les deux mains de Saint Jérôme.